Déclaration d'Istanbul

Les architectes, venus du monde entier, pour le 22ème Congrès mondial de l’UIA, dans l’un des hauts lieux du patrimoine mondial : Istanbul, interface entre les civilisations de l’Orient et de l’Occident, du Nord -terre de richesses-, et du Sud -terre de pauvreté-, souhaitent exprimer leurs aspirations et leurs espoirs devant l’opinion publique mondiale par la présente Déclaration.

L’UIA est née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de la solidarité des architectes, unis dans un même élan pour la reconstruction des villes détruites. Durant le Congrès d’Istanbul, qui coïncide avec le 57ème anniversaire de la fondation de l’UIA, une guerre ravage les villes antiques de Mésopotamie. C’est pourquoi, l’une des aspirations les plus vives de ce Congrès est l’émergence d’un monde dans lequel il soit mis un terme aux guerres destructrices d’architecture et de cités.

Le 22ème Congrès se déroule dans un pays dont l’identité est à la fois moderne et séculaire, dans l’une des régions du monde idéologiquement des plus problématiques, et qui, depuis sa fondation, s’appuie sur un fondement intellectuel que résume la phrase d’Atatürk « la paix chez soi, la paix dans le monde ». Dans un tel environnement, le Congrès a la conviction que le domaine d’action architectural et urbain, qui a pour objectifs la paix et le bien-être de la société, est l’un des éléments-clefs de la sécurité mondiale.

Les politiques mondiales qui ont des villes une vision très éloignée de la valeur et de la créativité architecturale, les réduisent à des produits et à des centres de consommation, les utilisant même comme sources de profit, au mépris de l’intégrité organique de la ville et de l’architecture.

Il ne s’agit pas cependant du seul problème de l’architecture, mais de celui de tous les êtres humains, des valeurs de l’humanité, des causes de l’aliénation des sociétés et de leurs propres valeurs. Il est clair que la ville est le berceau des civilisations et de ses vertus : la paix, les droits de l’homme, la démocratie et l’identité culturelle qui s’y sont développées tout au long de l’histoire. Ces vertus vont de pair avec l’architecture. Dans le contexte du thème du Congrès d’Istanbul 2005 « Villes et architecture », le congrès met en évidence la pertinence et la nécessité de s’interroger sur les raisons politiques, économiques et technologiques de la rupture conceptuelle et de la séparation entre ville et architecture.

La globalisation ne doit pas être un processus de destruction de ces vertus. Conscient que la stratégie actuelle de développement fondée sur ce processus représente un réel danger pour le monde, le 22ème congrès énonce ci-dessous les conditions préalables à la réunification de l’architecture et de la ville :

• Privilégier une économie de lutte contre la pauvreté plutôt qu’une économie de consommation qui menace la vie et l’environnement ;

• Tenir un discours architectural et environnemental qui s’oppose à l’élimination de l’identité culturelle des sociétés ;

• L’existence de la paix absolue, préalable à toute politique ;

• Plutôt que d’imposer un mécanisme international dominant qui impose une forme d’esclavage aux nations, privilégier une collaboration internationale qui s’oppose au pillage de leurs principales ressources ;

• Le développement universel de la connaissance.

Le Congrès propose une collaboration et un partenariat entre toutes les parties, sur des plate-formes nationales et internationales, dans une mondialisation qui soit plus humanitaire et plus culturelle, plus respectueuse des valeurs des civilisations.

Le 22ème Congrès de l’UIA a l’honneur d’énoncer les points de vues communs aux architectes du monde dans les termes suivants :

• De nouvelles politiques doivent être mises en place afin de répondre aux besoins et aux droits fondamentaux des immigrants et des populations les plus défavorisées dans les villes : l’accès aux logements, aux soins de santé et à l’éducation.  De même, de nouvelles politiques devraient être conduites pour empêcher l’utilisation du sol urbain à des fins spéculatives.

• Les municipalités et les gouvernements devraient donner la priorité à la création d’environnements privilégiant la vie et le bien-être des populations plutôt que d’encourager la spéculation foncière.

• Développer une politique urbaine et architecturale dont l’objectif soit de réunir les cultures fondées sur les acquis de l’histoire et ses valeurs universelles et intégrer le patrimoine historique, valeur commune de l’humanité, dans le monde d’aujourd’hui.

• Développer une politique de l’architecture et de l’urbanisme contemporains sans exclure le travail et la créativité liés à l’architecture historique et en faisant bon usage de la somme des richesses de la « mémoire »  pour produire un futur avec sa propre identité.

Le Congrès formule l’espoir  que cette Déclaration sera prise en compte par les gouvernements et par toutes les parties concernées, dans l’élaboration de leurs politiques relatives à l’aménagement des villes, à l’architecture, à l’environnement et à la culture.


Istanbul, le 7 juillet 2005


Mise à jour : 14/10/05
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